Frida au MALBA

Je suis allée voir cette expo principalement pour une raison, peut-être comme de nombreuses personnes : j´ai vu le visuel avec Frida Kahlo. Et pourtant il y avait bien d´autres choses à voir au MALBA!

Le marketing de l’exposition est en effet intelligent, basé en grande partie sur les visuels du célèbre couple Kahlo-Rivera avec deux de leurs œuvres les plus médiatisées en bannière. Le binôme est aujourd’hui passé du côté de la grande distribution, il faut bien l’avouer, on reviendra là-dessus un peu plus bas. La vérité c’est que cette exposition m´a fait découvrir beaucoup d’artistes inconnus pour moi, et que j’ai aussi découvert un autre aspect de Frida Kahlo, que je connaissais jusqu’ici surtout par le fameux film avec Salma Hayek (que j’ai très envie de revoir du coup, je pense que je vais profiter des fêtes pour cela).

Le MALBA est un musée superbe, moderne, agréable, lumineux et tout neuf. C’est un endroit où l’on a envie de s’attarder, même un dimanche de soleil !

 
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J’ai commencé par la collection permanente qui a été réaménagée pour les 15 ans du musée. Le nouveau commissariat d´exposition s’intitule Verbo America et tente d’articuler un dialogue entre des artistes de différentes époques et de différents pays d’Amérique du sud. Un vrai défi, on est d’accord. Le résultat à première vue peut sembler un peu dissonant, mais une chose ressort de façon évidente : la volonté d´engagement de l’artiste, la place du discours socio politique dans les œuvres choisies, et en particulier à mes yeux l’expression d´un message féministe. Et en effet, le fait même d’intégrer plus d’artistes femmes était une vraie volonté de la part du musée et faisait partie intégrante du discours lui-même.

 
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Témoin d’un Mexique en pleine réforme agraire au début du siècle, l’exposition montre des représentations de la mère nourricière, de la patrie et du travail du peuple, et arrive de façon logique aux fameuses fresques « prolétaires » ou « indigènes » de Frida Kahlo et Diego Rivera. Les artistes mexicains ont une place importante en nombre d´œuvres, sans doute parce que le pays a mené une valorisation a l’extrême (forme de nationalisme en un sens?) de ses artistes, à l’inverse des autres pays d’Amérique du sud qui importaient des œuvres d’art européennes alors que les collectionneurs mexicains rendaient visite à Diego Rivera pour acheter ses travaux.

 
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FRIDA : Nouvelle lecture 

James Oles, critique américain spécialiste de l’art mexicain du 20e siècle, propose une lecture nouvelle des œuvres de cette artiste dont on croyait aujourd’hui avoir tout dit. Son analyse, qu’il livre dans un article d’Infobae paru le 9 décembre dernier, m´a finalement obligée à repenser ce que j’avais retenu de l’exposition. Je vous en donne ici les grandes lignes ainsi que quelques passages traduits par mes soins, mais vous invite à consulter l’intégralité de l’article ici.

James Oles, loin de répéter les inlassables rengaines sur l’accident dont souffrit Frida et sur sa relation tumultueuse avec Diego Rivera, a trouvé intéressant de se pencher sur le fait qu’elle ait choisi l’autoportrait comme média principal. Selon lui c’est dans la représentation qu´elle donne d´elle-même que l´on peut trouver une lecture nouvelle de ses œuvres.

Il dit encore : « il y a une vision populaire qui existe de Frida, vêtue en indigène, ce qui fait d´elle une #pionnière et une combattante, parce que c’est la femme mexicaine la plus connue du 20e siècle. […] C’est pareil en Argentine, lorsque tu vois un riche habillé comme un gaucho (paysan) dans sa ferme, alors qu’en fait ce n’est pas un gaucho, mais il s´habille en gaucho élégant. Et de fait, à Buenos Aires on peut trouver ce type de « boutiques de gaucho », élégantes et chères, no ? Les vêtements que portait Frida sont des vêtements de gens aisés. Frida n’utilisait pas de vêtements de femme simple, elle portait des vêtements de gala de femme aisée, dans une société très inégalitaire. Quand elle portait ces coiffes de dentelle, toutes les femmes de Juchitán o Tehuantepec n’avaient pas les moyens pour se faire ces coiffures importées de Hollande. C’était une preuve de richesse. Elle a un collier d´or, vous pensez que toutes les femmes de Juchitán avaient des colliers d´or ? »

Au-delà des différences financières, on ne peut pas nier que l’identité visuelle mexicaine très forte véhiculée dans les œuvres de Frida Kahlo a sans doute aidé le pays à trouver une unité après la révolution, alors qu’il était très fortement déchiré régionalement. Le point intéressant ici est que Frida Kahlo reste la première à laquelle on pense parmi les artistes ayant représenté les tenues mexicaines typiques, alors que bien d’autres artistes l’ont fait avant elle et s´habillaient elles-même de façon traditionnelle. La différence tient sans doute au fait que Frida, née de père allemand, sentait la nécessité d’accentuer son appartenance à la culture mexicaine dans ses œuvres, ce sont donc les siennes qui ont marqué les esprits avec le temps et sont aujourd’hui considérées comme les plus représentatives.

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Le pendant négatif mis en avant par James Oles est que «  le muralisme de Diego Rivera et les œuvres confessionnelles de Frida Kahlo ont finalement eu tant de visibilité qu´elles ont caché, comme de grand arbres, non seulement beaucoup de propositions mexicaines  simultanées, mais aussi des choses qui se passaient en Amérique latine. » Ainsi, Patricia Phelps de Cisneros la fameuse collectionneuse vénézuélienne, disait « si c’est en effet un côté de l’Amérique latine, ce n’est pas mon Amérique latine ».

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Il semblerait que le MALBA ait voulu en effet donner leur place a d’autres voix, et ait su utiliser pour drainer le public vers lui, un canal commercial qui a fait ses preuves ; mais si la figure de Frida est tombée dans les méandres de la « consommation de masse », cela n’empêche pas de repenser et revisiter son œuvre a l’infini !

México moderno - Vanguardia y revolución

Verbo america

MALBA (Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires)

Jusqu´au 19 fevrier 2018 / hasta el 19 de febrero de 2018