Contes du futur

Le cinéma est-il vraiment le meilleur moyen de nous alerter sur l’urgence de la situation climatique ?

A vrai dire je ne sais pas si ma question a du sens. Le cinéma peut être vu comme un divertissement, avec comme seule fin en soi de divertir, autrement dit de distraire, de détourner ou d´écarter un moment notre esprit de nos préoccupations. Admettons. Certains s’en contentent sans doute. Mais dans ma vision personnelle des choses - et je pense que je ne suis pas la seule à le voir comme ça - le cinéma est aussi un formidable moyen de véhiculer des messages, de poser des questions, d´éclairer des zones sombres… le voir comme un média simplement récréatif serait donc selon moi très réducteur.

Ceci étant dit je me demande du coup s´il est vraiment adapté à une prise de conscience des dangers que courent notre planète – et nous autres ses habitants, à échéance courte (allez, disons moyenne).  On est d´accord, il y a d´autres messages importants aujourd’hui portés par de nombreux films, et qui font ça très bien, mais aujourd’hui j’avais envie de vous poser cette question sur ce thème bien précis.

Je vous explique …

 

 

Je pense à tous ces films de science-fiction, ces films catastrophes qui se basent sur la mise en danger de la vie humaine par (rayez la mention inutile) un virus / des zombies / des extraterrestres / un astéroïde / le changement climatique et toutes les autres menaces contre l’humanité.  C’est vieux comme le monde me direz-vous mais pour vous donner quelques exemples :

La saga des Alien et ses mythiques monstres combattus puis manipulés par l´homme

REC et sa contamination zombie, qui m´avait pas mal marqué á sa sortie avec son effet réel et « caméra au poing », puis World War Z et bien sur la série The Walking Dead jouant tous sur l’apparition d’une maladie et la recherche de sa cause (celle-ci étant humaine parfois). On pense aussi à Contagion, les zombies en moins.

Lun des premiers récits de science-fiction pure :1984 (Wells) : si bien mené et novateur pour l´époque, quand on y pense il n’y avait alors pas de quoi être alarmiste et la résolution du livre/film est presque comique, si simple, pleine d’espoir finalement, pas de quoi en faire un drame !

Armageddon où la Terre toute entière est mise en danger par une pluie de météorites.

Dans la plupart de ces films, nous autres humains, si intelligents arrivions toujours à contrôler, endiguer et même solutionner le problème, quel qu´il soit. Parce qu´après tout on est presque des dieux non ? Ces exemples pour vous dire que la plupart de ces films mettent l´Homme au centre de la résolution des problèmes mais aussi de l’objectif à atteindre (sauver l´humanité, pas la planète en soi, seulement faire qu´elle réunisse les conditions pour être habitable par l´Homme).

La plupart de ces films, si brillants d´un point de vue scientifique soient-ils, sont avant tout des films d’action, avec bagarres, effets spéciaux, voyages dans le temps, morts, résurrections et j´en passe.

Conséquence : la tendance étant aux rebondissements, plus le film est improbable, plus l’héroïsme est à son comble, et plus le spectateur est content… et moins il s’inquiète finalement ! Dans ce cinéma de divertissement, le message véhiculé est souvent relégué au second rang.

 

 

Il faut cependant avouer que depuis quelques temps, les films de science-fiction ont évolué, avec une tendance toujours croissante au réalisme. Voire au pessimisme. Les films sont plus noirs, les personnages ne sont pas des super héros, ne sauvent pas le monde, ne se sauvent même pas eux-mêmes, voire sont fatigués de ce monde dans lequel ils sont amenés à vivre.

Les causes des catastrophes sont de plus en plus proches de celles qu’on entend dans les bouches de nos scientifiques, les nouveaux monstres de la science-fiction sont le réchauffement climatique, la propagation d’un virus inconnu.

Les délais pour contrecarrer le danger se raccourcissent, ou bien le film se déroule alors que la catastrophe a déjà eu lieu (les héros des films ont alors connu le monde tel qu’il était avant, c´est à dire tel qu´on le connait aujourd’hui). La menace n´est plus une simple menace mais bien un monde apocalyptique devenu réalité.

C´est le cas de The Rain et ses pluies meurtrières, ou Interstellar qui exploite radicalement la piste d’un changement climatique prohibant toute vie sur Terre. Quant au très bon Le livre d’Eli il situe son action après une « théorique » apocalypse nucléaire.

Le ton est plus désespéré, l´action moins centrale, l´époque moins éloignée (malheureusement on a de moins en moins besoin de se projeter dans un autre siècle pour se figurer un monde invivable). Les situations de fin du monde et les sociétés qu’elles mettent en scène sont de plus en plus proches des nôtres, questionnant nos valeurs actuelles, jouant sur des comptes à rebours que subissent les personnages principaux.

La veille du jour où j’ai écrit ce billet, j´ai vu le film IO et allez savoir pourquoi, il a résonné différemment en moi. Peut-être parce que la fin bien qu’ouverte, m´a semblé terriblement différente des autres films de science-fiction que j’ai vus jusqu’ ici. [spoiler]Pas de happy end, pas de couple réuni dans la victoire contre les éléments, l´espoir est vaincu, les éléments gagnent contre l´humanité (c´est en tout cas la lecture que je fais du film).

Glissement vers un cinéma qui pourrait (devrait) servir à une prise de conscience ? En effet, nos aberrations nous sautent au visage… un court instant.

 

 

On continue bel et bien de se raconter des histoires.

A quand la fin d’un cinéma humano-centré ? Car la planète nous survivra et nous, nous continuons à faire de cette bataille contre notre propre destruction du contenu pour nos contes et légendes.

 Je pense au succès (mérité) de la très bonne série HBO Chernobyl. A la fois politique, bien documentée et explicative pour ceux qui n’entendent rien à la science nucléaire (comme moi). Elle est très bien réalisée et a peut-être même plus de succès que toutes les séries de science-fiction actuelles. Sauf que… elle raconte des faits réels.

Nous ne sommes plus dans la sphère de l’imaginaire mais bien dans celle du constat, du documentaire. Le dernier épisode me semble suffisamment clair pour nous permettre de tirer des leçons et de commencer à agir pour empêcher une nouvelle catastrophe. Et pourtant il faut croire que l´homme n´en est pas capable, car son impact est apparemment resté futile – disons superficiel – si l´on en croit la vague de tourisme morbide qui a ensuite déferlé sur Pripiat. La série a-t-elle atteint son but ? La question reste entière, puisqu´on fait dans une zone définitivement contaminée par l´homme des selfies comme on en ferait avec une star de RnB.

Est-ce un problème de génération ? Avons-nous décidé de définitivement préférer rêver, collés à nos écrans, et nous bercer de jolies histoires et de séries pour ignorer la trop dure réalité d’un monde devenu caduque ? Ou est-ce juste la nature profonde de l’homme depuis toujours ?

(Je ne déborderai pas sur la politique et ce que des selfies dans les camps de concentration peuvent aussi traduire de nous-mêmes et de notre inconscience). (Mais c´est un vrai sujet n´est-ce-pas ?)

 

L´envie d’écrire cet article m´a prise en regardant le film IO, et s’est concrétisée lorsque, en me réveillant le jour suivant, j’ai vu dans les journaux qu’une explosion avait eu lieu dans une usine pétrochimique de ma ville d’attache actuelle. Frayeur, plaintes des habitants, bref remue-ménage qui sera rapidement éteint ou découragé par des arguments destinés à justifier économiquement ou politiquement la présence d’usines aussi dangereuses sur nos territoires.

Car la conscience que l’Homme compromet lui-même sa survie future existe. Elle est plus ou moins répandue selon les pays et leur développement. Nous y sommes plus ou moins sensibilisés. La vraie question est : y sommes-nous vraiment sensibles ? Il semble que l’Homme reste un animal qui, malgré son intelligence scientifique, soit incapable de se projeter ou d’agir vraiment pour sa propre survie future.

 

 

 

 

Je ne suis pas scientifique, je n’ai pas de solution concrète à proposer pour créer de l’énergie sans danger, ou la stocker, ni pour remédier à certaines maladies, ou donner à manger à toute la planète.  Mais cette impression persistante d’immobilisme qui nous définit face à autant d´alertes qui nous explosent à la face de tous côtés, et qu´on ne peut plus ignorer, m´a fait prendre le clavier aujourd’hui.

Depuis toujours les hommes se racontent des histoires, les chantent, les inventent, les écrivent. C´est peut-être un des propres de l’Homme justement, de savoir projeter des idées pour créer une intrigue ou tout simplement pour raconter son histoire, son passé. J´ai peur aujourd’hui que cette faculté ne soit notre perte. Ces histoires ne sont plus seulement des histoires, mais peuvent se convertir en un futur bien réel, qu’il ne nous sera alors jamais possible de raconter…