Pleins et déliés #1

Nouvelle rubrique sur le blog, que j’avais envie de baptiser aujourd’hui, et qui, par le hasard des dates prend la place de notre rendez-vous mensuel Mon Cœur bat pour.

Des textes courts, que m’ont inspiré des images, des photos, des œuvres… Des textes qui sont nés d’abord sur le papier, de pleins et déliés, et que je partage ici comme des pièces d’un puzzle plus grand, mais qui fonctionnent surtout de façon autonomes. Je ne sais pas si cette nouveauté vous plaira, mais l’idée était de partager à travers mes exercices d’écriture une ambiance, une émotion, une fantaisie.

[Contrairement aux autres articles du blog, ceux-ci ne seront pas traduits en espagnol]

 

 

Le patio

Le patio résonne des rires des enfants, de leur course effrénée, alors qu’ils se poursuivent dans des rugissements qui font râler Eugénie.

« Vous allez vous faire mal ! Ne venez pas pleurer si l’un de vous se fait mal ! »

Bien sûr, les larmes, le genou en sang, Eugénie accroupie qui tapote doucement la plaie avec un coton imbibé d’alcool. Sa douceur inconditionnelle malgré l’avertissement. Elle assoit le petit blessé sur le banc du patio, le genou bandé, le nez morveux et encore quelques sanglots hoquetant. Quand elle réapparait, un panier de linge dans les bras, elle lui glisse discrètement dans la main un de ces biscuits secs dont elle a le secret, et qui termine de l’apaiser.

 

Le patio dans lequel on pénètre par ce petit couloir qui donne sur la rue, fermé par une grille. Les gamins passent la tête entre ses barreaux, quand ils viennent chercher Jeanne et Simon, perchés sur la marche du trottoir.

Cette même grille qu’on ouvre fébrilement à l’arrivée du docteur, la nuit ou sont nés les jumeaux. Eugénie toujours, la main tremblante comme la flamme de la lanterne qu’elle tient au-dessus de sa tête.

Le patio a tout vu.

Ces longs après-midi où la chaleur écrasante oblige à se réfugier sous la galerie. Monsieur et Madame assis à l’ombre avec leur maté. Le chien dans un coin, la langue pendante. Cette langueur qui s’étire jusqu’au soir, et qui termine de rendre réjouissante cette journée parfaitement improductive.

Les jours de pluie tropicale, que l’on regarde de derrière les vitres. Ces averses d’été qui créent des rideaux d’eau le long des créneaux du toit. Les gouttières qui se déversent dans le patio en petites rivières qui s’évacuent par la grille au sol, au milieu de la cour. Les feuilles et la terre bouchent parfois l’évacuation, l’eau finit par monter, et Eugénie sort en courant sous la pluie avec un balai.

La petite Jeanne avec sa peau bronzée, pieds nus dans la cour. Elle a 4 ans. Petite sauvageonne qui tourbillonne comme les derviches, riant de l´étourdissement que lui provoque sa danse folle. Le soleil lui croque la peau. Un courant d’air chaud s’engouffre depuis la rue dans l’entrée et s’échappe vers le jardin. Ses boucles châtain se collent à son crane avec la transpiration.  Elle s’arrête, haletante, et court vers la cuisine d’où l’appelle Eugénie.

 

Enfin, le patio silencieux oú ne viendra plus s’assoir Monsieur pour lire le journal. La famille qui le traverse, vêtue de noir, pour rejoindre la chambre ou on veille le corps. Les murs, toujours d’un blanc éclatant, semblent aujourd’hui plus décrépis. Un merle descend du toit et se pose dans la cour bien trop calme.